L’anxiété des enfants doués

Beaucoup de parents évoquent les réactions anxieuses de leur enfant, eux-mêmes angoissés par leur impuissance à apaiser ces craintes sans fondements qui l’envahissent, sans que quiconque parvienne à les combattre.

Elles sont le plus souvent provoquées par des événements tellement anodins qu’on n’aurait jamais songé qu’ils puissent déclencher des idées aussi noires. Les parents découvrent avec effroi que leur enfant se tourmente sans raison autre que fantasmatique : il est anxieux de nature, comme on peut aussi être asthmatique, il ne faut pas grand-chose pour entraîner des réactions complètement disproportionnées.

Les contrôles à l’école

Un contrôle en classe  constitue une des causes les plus banales : tous les enfants appréhendent ce moment, mais l’enfant doué en est littéralement malade, il a mal au ventre, il ne peut pas dormir alors qu’il connaît son cours par cœur. Pour finir, il a un énorme trou de mémoire lors du contrôle et il présente toutes les caractéristiques de l’élève qui n’a rien préparé. Si bien que lorsqu’un contrôle est prévu, toute la séquence se déroule déjà dans son esprit : révision consciencieuse, vérification par ses parents de sa capacité à réciter sans hésitation tout le cours, puis nuit blanche, nausées, angoisses, et trou noir le lendemain devant une page qui reste obstinément blanche : il a eu le sentiment que toutes ses connaissances se sont effacées de sa mémoire.

Il est facile de tirer la conclusion de cette situation : il est nul, il ne fera jamais rien de sa vie puisqu’il ne pourra jamais passer un seul examen et il ne sait pas comment ressembler aux autres enfants qui ont modérément peur d’un contrôle, mais qui savent répondre à toutes les questions s’ils l’ont suffisamment préparé. Toutes les tentatives pour apaiser ces craintes exagérées et injustifiées se sont révélées vaines, l’amélioration a été chaque fois si discrète qu’elle ne permettait pas de la considérer comme satisfaisante, ce qui est encore plus désespérant. Cette angoisse à l’idée du contrôle représente la partie la plus dérangeante de l’ensemble à cause des conséquences qu’elle entraîne et de l’image catastrophique que l’enfant anxieux donne de lui, puisqu’on le croit paresseux et indifférent à ses résultats. Malgré tout, on ne doit pas se décourager, il arrive qu’une méthode ou un traitement se révèlent miraculeusement efficaces, peut-être parce qu’ils ont été entrepris à un moment propice.

Les angoisses des enfants doués, en dehors de l’école

En dehors de l’école, l’enfant anxieux se dessèche d’angoisse quand ses parents rentrent plus tard que d’habitude. Depuis quelques années, l’actualité peut alimenter abondamment  toutes les craintes, il est impossible d’y échapper, même quand les parents s’appliquent de leur mieux à préserver leur enfant de l’annonce de ces drames et des commentaires qui les accompagnent.
Lui sait bien que ce danger est constant, il ne peut pas être dupe des paroles apaisantes des adultes de son entourage, il est plus inquiet pour ces adultes qui courent de plus grands dangers que pour lui, relativement protégé par sa vie routinière. D’ailleurs, il est préférable qu’elle soit routinière, elle est plus rassurante et les anomalies, peut-être inquiétantes, sont immédiatement visibles.

« L’enfant anxieux a une peur terrible de la mort »

En fait, plus que les contrôles, plus que les dangers potentiels qui guettent ses parents, l’enfant anxieux a une peur terrible de la mort.  Quand il se sent plus audacieux, il ose poser directement les  questions qui le tourmentent, tout en sachant qu’il risque de plonger ses parents dans l’embarras. En réalité, il a surtout peur de se trouver seul, privé de toute protection, comme dans quelques-unes des histoires qu’il aime pourtant lire. Ces histoires finissent bien parce qu’elles sont destinées à des enfants qu’il ne faut pas trop inquiéter, mais il sait qu’il n’y a aucune raison pour que, dans la vraie vie, tout finisse toujours aussi bien. Il lui  faut beaucoup de courage pour aborder cette question : il est parfaitement conscient qu’elle laisse entendre qu’en s’adressant directement à eux, il envisage leur disparition, mais à qui d’autre peut-il poser une question aussi essentielle ? Il sait qu’ils ne lui répondront pas forcément avec sincérité : sans doute ne veulent-ils pas l’effrayer alors qu’il est encore si jeune et sans défense, ils vont donc lui raconter une histoire édulcorée en pensant qu’il a encore bien le temps avant de découvrir l’affreuse vérité que, lui, pressent dans toute son horreur glacée : on ne maîtrise rien, les drames peuvent surgir à tout moment et faire basculer une existence dans  quelque chose qui ressemble peut-être à un cauchemar et qui, en attendant, nourrit ses propres cauchemars, mais il préfère ne pas les évoquer, ou alors il les censure. A leur place, il y a une page blanche, « il ne se rappelle plus » ce qu’il a rêvé.

Serait-il possible que cette page blanche, qui le protège puisqu’elle l’empêche de ressasser ses rêves affreux, devienne un peu trop envahissante ? Ce mécanisme protecteur se transformerait en source d’angoisse en survenant à des moments parfaitement inopportuns sans qu’il puisse rétablir une situation tellement dévalorisante pour lui. La réponse à ces questions dépend beaucoup des croyances religieuses ou non et de l’histoire de chacun. Il est parfois rassurant de s’inscrire dans une lignée où chacun a sa place puisqu’on peut faire référence à des ancêtres : il y aurait alors des traces qui ne disparaissent jamais complètement. Ce sentiment d’appartenance peut procurer un effet réconfortant : de  là-haut, les anciens veillent sur leurs descendants.

Des adultes racontent, un peu embarrassés par un récit qui peut paraître absurde que, dans un moment difficile, ils ont réellement senti à leurs côtés, la présence d’une grand-mère disparue et qu’ils avaient beaucoup aimée. Ce ne sont pas des faits qu’on peut raconter tels quels à des enfants anxieux, mais il est possible de garder en tête ce thème général quand il faut leur donner dans l’urgence une réponse adaptée à la question. De toutes façons, cette éventualité de la disparition des parents n’est pas d’actualité, il s’agit d’une infime probabilité et on enchaîne sur l’explication des probabilités ou sur quoi que ce soit de plus mathématique, logique, rationnel et rassurant.

Conseils : ne pas s’affoler lorsqu’un enfant aborde des questions quasi métaphysiques : pour lui, elles ne sont pas fondamentalement différentes de toutes celles qui lui viennent constamment à l’esprit. On le rassure en évoquant une projection tellement éloignée dans le temps qu’elle perd toute actualité. Lui-même sera alors totalement différent de l’enfant actuel tant il aura progressé dans la voie du savoir. Sa perspective changera. Il est plus sage et plus bénéfique de se concentrer sur le moment présent.

Source : Arielle Adda Mis à jour le 14/02/20 10:20

https://www.journaldesfemmes.fr/maman/enfant/2580996-enfant-surdoue-ou-precoce/

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